Un mot récent pour une idée ancienne
Le mot « locavore » a été proposé en 2005 par une cuisinière de San Francisco, Jessica Prentice, à l'occasion d'une journée consacrée à l'environnement. Le principe était simple : pendant un mois, ne manger que des aliments produits dans un rayon de 100 miles, soit environ 160 kilomètres autour de chez soi. La même année, deux journalistes canadiens tentaient l'expérience pendant un an à Vancouver et en tiraient un livre qui a fait le tour du monde anglophone.
Le terme est arrivé en France à la fin des années 2000, porté par les premières AMAP, les marchés de producteurs et un intérêt croissant pour la provenance des aliments. Il a rejoint les dictionnaires français au début des années 2010. On parle aujourd'hui de locavorisme pour désigner la pratique, et de locavore pour la personne qui s'y essaie.
L'idée, elle, n'a rien de neuf. Jusqu'au milieu du XXe siècle, Paris mangeait en grande partie ce qui poussait autour d'elle : les maraîchers de la plaine des Vertus, les murs à pêches de Montreuil, les asperges d'Argenteuil, les vaches laitières de la Brie. Le locavorisme remet simplement au premier plan une question que la logistique moderne a rendue invisible : d'où vient ce que j'ai dans mon assiette ?

Quel rayon pour être « local » ?
Il n'existe aucune définition légale du mot « local » appliqué à l'alimentation. Chacun fixe sa règle, et c'est là que naissent la plupart des malentendus.
- 160 kilomètres : le chiffre des pionniers américains, repris par beaucoup de groupes de locavores.
- 150 à 250 kilomètres : l'ordre de grandeur souvent retenu en France, qui permet d'inclure une région entière.
- La région administrative : pour un Parisien, l'Île-de-France, ce qui couvre des fermes situées jusqu'à 80 ou 90 kilomètres de Notre-Dame.
- Le circuit court : une notion différente, qui ne parle pas de distance mais du nombre d'intermédiaires (voir notre fiche sur les circuits courts).
À Paris, une règle pratique consiste à viser l'Île-de-France pour les produits frais (légumes, fruits, œufs, fromages, pain) et à accepter un rayon plus large pour ce que la région produit peu : huile, sucre, agrumes, café ou chocolat. Notre carte « d'où vient ce que l'on trouve à Paris » donne des repères en kilomètres.
Ce que manger local change, et ce qu'il ne change pas
Manger local n'est pas une baguette magique, et le présenter ainsi dessert l'idée. Trois points méritent d'être posés clairement.
Le transport n'est qu'une partie de l'empreinte d'un aliment. La notion de « kilomètre alimentaire », apparue au Royaume-Uni dans les années 1990, a eu le mérite de faire parler de la distance. Mais la façon de produire pèse souvent davantage que le trajet : une tomate de serre chauffée cultivée à 30 kilomètres en février peut demander plus d'énergie qu'une tomate de plein champ venue d'Espagne. Local et de saison vont donc ensemble ; local seul ne suffit pas.
Local ne veut pas dire bio. Un maraîcher francilien peut cultiver en agriculture conventionnelle, et un légume bio peut venir de loin. Les deux critères se complètent sans se confondre. Sur un marché, la meilleure méthode reste de demander au producteur comment il travaille.
Le vrai bénéfice est souvent ailleurs. Acheter local, c'est faire vivre des fermes proches, garder des terres agricoles autour des villes, retrouver des variétés qui ne voyagent pas bien et profiter de produits cueillis plus mûrs. C'est aussi, pour beaucoup, le plaisir de savoir à qui l'on achète.

Être locavore à Paris : réaliste ?
Paris compte peu de terres cultivables, mais elle est entourée d'une région encore très agricole : près de la moitié de la surface de l'Île-de-France est occupée par des champs, surtout des céréales en Seine-et-Marne, dans l'Essonne et le Val-d'Oise. Les légumes, les fruits et l'élevage y sont plus rares qu'autrefois, mais ils n'ont pas disparu.
Concrètement, un Parisien qui veut manger plus local dispose de plusieurs leviers :
- les marchés alimentaires, où une partie des étals est tenue par des producteurs (notre calendrier des marchés de Paris indique les jours et horaires d'une sélection) ;
- les AMAP et les paniers de producteurs, qui fonctionnent par abonnement ;
- les magasins de producteurs et la vente à la ferme, à une heure de RER ou de voiture ;
- les commerces de quartier attentifs à l'origine de ce qu'ils vendent, dont nous parlons dans au-delà du marché.
Personne n'est obligé d'être locavore à 100 %. Commencer par un produit, les œufs ou les pommes par exemple, puis élargir au fil des saisons, est souvent plus durable qu'un grand virage abandonné au bout de trois semaines.
Cinq gestes pour commencer
- Repérer un marché proche de chez soi et y aller un jour fixe, si possible tôt.
- Apprendre les saisons de cinq légumes et de cinq fruits courants, grâce à notre calendrier de saison.
- Lire l'origine affichée sur les étiquettes et les ardoises (voir lire les étiquettes d'origine).
- Tester un panier de producteur pendant un trimestre avant de s'engager pour l'année.
- Cuisiner simple, avec ce qui abonde : nos recettes de saison partent toutes du marché.
Les mots à connaître
- Locavore : personne qui privilégie les aliments produits près de chez elle.
- Circuit court : vente directe du producteur au consommateur, ou avec un seul intermédiaire au plus.
- Produit de saison : produit récolté à sa période naturelle de maturité, sans chauffage ni éclairage artificiel.
- Ceinture maraîchère : couronne de jardins et de fermes qui nourrissait autrefois une ville en produits frais.